
Vous avez terminé votre journée.
Vous avez travaillé, répondu aux messages, géré ce qui devait l’être. Peut-être même un peu plus.
Et pourtant, une petite voix s’invite :
« Tu aurais pu en faire davantage. »
« Ce n’est pas suffisant. »
« Les autres, eux, y arrivent. »
Vous vous asseyez enfin, mais impossible d’en profiter vraiment. Vous pensez déjà à ce qu’il reste à faire, à ce que vous n’avez pas fini, à ce que vous auriez dû faire différemment.
Si vous avez l’impression de ne jamais en faire assez, vous n’êtes pas seul(e). Et ce sentiment n’a, très souvent, que peu de rapport avec ce que vous faites réellement.
Dans cet article, je vous propose de comprendre d’où il peut venir, pourquoi il est si épuisant, et comment commencer à s’en dégager.
Ne jamais en faire assez : de quoi parle-t-on vraiment ?
Il s’agit d’une impression, pas d’un constat.
C’est important, parce que de l’extérieur, la réalité peut être très différente. Vous pouvez être quelqu’un de fiable, d’investi, de consciencieux. Quelqu’un à qui l’on confie des responsabilités parce qu’on sait que ce sera fait. Et malgré cela, ressentir en permanence que ce n’est pas assez.
Ce sentiment peut se manifester de plusieurs façons :
- vous minimisez ce que vous avez accompli (« ce n’était rien », « c’est normal ») ;
- vous passez très vite à la tâche suivante, sans vous arrêter sur ce qui vient d’être fait ;
- vous avez du mal à vous féliciter, mais vous êtes très rapide pour vous critiquer ;
- vous avez l’impression d’être toujours en retard, même quand vous ne l’êtes pas ;
- vous vous sentez mal quand vous vous arrêtez.
Il ne s’agit pas d’un diagnostic. C’est une façon de se mesurer qui, avec le temps, peut devenir très pesante.
Pourquoi ai-je toujours l’impression de devoir en faire plus ?
Il n’y a pas une seule explication. Mais certains mécanismes reviennent souvent.
La ligne d’arrivée qui recule
Vous avez un objectif. Vous l’atteignez. Et au lieu de ressentir de la satisfaction, vous passez directement au suivant.
Le niveau d’exigence monte en même temps que ce que vous accomplissez. Ce qui était difficile hier devient « normal » aujourd’hui. Et ce qui est normal ne mérite pas d’être reconnu.
Résultat : vous avancez, mais vous n’avez jamais le sentiment d’arriver.
Ce qui est fait devient invisible, ce qui reste à faire est très visible
Vous avez répondu à dix mails. Votre attention se porte sur celui qui reste.
Vous avez géré sept choses dans la journée. Vous pensez aux trois autres.
Notre cerveau est particulièrement attentif à ce qui est en cours ou en suspens. Ce qui est terminé, lui, s’efface vite. Le décalage est alors permanent entre ce que l’on a fait (qu’on ne voit plus) et ce qu’il reste à faire (qu’on voit très bien).
Les règles que l’on se donne, et la comparaison aux autres
Certaines phrases s’installent parfois depuis longtemps :
« Il faut mériter son repos. »
« Je dois être utile. »
« Si je ne fais pas, personne ne le fera. »
« Je ne peux pas me permettre de décevoir. »
Elles ne sont pas toujours conscientes. Mais elles orientent la façon dont on évalue ses journées. Et avec de telles règles, il est presque impossible de se dire « c’est suffisant ».
Il y a aussi la comparaison. On met côte à côte tout ce que l’on sait de soi (les coulisses) et ce que l’on voit des autres(la vitrine). Elle est rarement équitable.
Ne jamais se sentir à la hauteur : exigence ou perfectionnisme ?
Avoir des exigences, ce n’est pas un problème en soi. Cela peut même être un moteur : envie de bien faire, sens des responsabilités, souci du travail bien fait.
La difficulté apparaît lorsque plus rien n’est jamais suffisant.
Les chercheurs qui étudient le perfectionnisme font d’ailleurs une distinction intéressante : le perfectionnisme ne se confond pas avec l’envie de réussir ou la conscience professionnelle (ressource en anglais). Ces dernières s’accompagnent d’attentes réalistes et d’un sentiment de satisfaction quand on les atteint. Le perfectionnisme, lui, repose sur des attentes difficilement atteignables, avec une insatisfaction qui persiste quel que soit le résultat. Il ne s’agit pas d’un trouble en soi, mais d’un facteur de vulnérabilité.
Autrement dit, on peut très bien réussir et se sentir pourtant en échec.
Un exemple concret :
Vous présentez un dossier. Tout le monde est satisfait. Et dans votre tête, vous repassez en boucle les deux ou trois choses que vous auriez pu mieux dire.
Les remerciements s’effacent. Les petits défauts, eux, restent.
À force, une impression s’installe : ne jamais se sentir à la hauteur, quoi que l’on fasse.
Ce n’est pas un manque de capacités. C’est souvent une façon très sévère de se juger.
Culpabiliser de ne rien faire : pourquoi est-il si difficile de se reposer ?
C’est l’un des signes les plus fréquents.
Le week-end arrive. Vous avez enfin du temps. Mais au lieu de vous détendre :
« Je devrais en profiter pour ranger. »
« Je n’ai pas avancé sur ce dossier. »
« Je perds mon temps. »
Le repos ne ressemble plus à un repos. Il ressemble à une faute.
Si vous vous reposez, vous culpabilisez. Si vous faites, vous pensez que vous auriez pu faire plus. Dans les deux cas, vous êtes perdant(e).
Quand culpabiliser de ne rien faire devient automatique, le repos perd son rôle. Il ne permet plus de récupérer, parce que l’esprit reste en mode « il faudrait ».
Ce fonctionnement est très proche de ce que je décris dans mes articles sur la fatigue mentale et sur la surcharge mentale : on peut être arrêté(e) physiquement et continuer à tout gérer dans sa tête.
Quand ce sentiment mène à l’épuisement
Pendant un temps, ce fonctionnement peut sembler « tenir ». Il pousse à faire, à s’investir, à être irréprochable.
Mais il demande aussi beaucoup d’énergie. Parce que si rien n’est jamais suffisant :
- on ne se pose jamais vraiment ;
- on se laisse peu de place pour souffler ;
- on a tendance à repousser ses propres besoins ;
- on compense en en faisant toujours un peu plus.
Avec le temps, la fatigue s’installe. Une fatigue qui ne disparaît pas après une nuit ou un week-end.
Dans mon accompagnement, notamment auprès de personnes en situation d’épuisement professionnel, je retrouve très souvent ce point commun : un niveau d’exigence très élevé envers soi-même, et une difficulté à se reconnaître le droit de s’arrêter.
Les signes qui peuvent alerter :
- une fatigue persistante, même après du repos ;
- de l’irritabilité ou une plus grande sensibilité émotionnelle ;
- une perte de plaisir pour ce que vous aimiez faire ;
- des difficultés de concentration.
Si vous vous reconnaissez, vous pouvez consulter mes articles sur les signes du burn-out professionnel et sur les types de burn-out.
À noter : la souffrance psychique et l’épuisement liés au travail font l’objet d’une surveillance par Santé publique France, ce qui rappelle que ce sujet est loin d’être anecdotique.
Si cette fatigue s’installe, si elle a un impact important sur votre quotidien, il est important d’en parler à un professionnel de santé, en particulier à votre médecin traitant.
Comment sortir du sentiment de ne jamais en faire assez ?
Je ne vais pas vous donner une liste de dix astuces miracles. Ce sentiment s’est installé progressivement, il se desserre aussi progressivement. Voici quelques pistes pour commencer.
1. Regarder ce qui a été fait, pas seulement ce qui reste
Chaque soir, prenez une minute pour noter trois choses que vous avez faites dans la journée. Pas forcément des grandes choses. Un appel passé, un dossier avancé, un repas préparé, un moment de disponibilité pour quelqu’un.
L’objectif n’est pas de vous convaincre, mais de rendre visible ce qui a tendance à disparaître.
2. Se demander : « Assez par rapport à quoi ? »
Quand le sentiment arrive, essayez de vous poser quelques questions :
- Assez par rapport à quel objectif précis ?
- Selon quelle personne ? Moi, mon entourage, mon travail, une image que je me suis construite ?
- Est-ce une demande réelle, ou une exigence que je me donne ?
Bien souvent, le « pas assez » n’a pas de repère précis. Il flotte. Et ce qui n’a pas de limite ne peut jamais être atteint.
3. Définir ce qui est « suffisant pour aujourd’hui »
Plutôt que de finir la journée avec une liste interminable, essayez, en début de journée, de définir ce qui, concrètement, rendra cette journée suffisante.
Trois choses. Parfois une seule.
Ce qui sera fait en plus sera un bonus, pas un dû.
4. Distinguer l’important de ce que l’on s’impose
Tout ce que vous faites n’a pas la même valeur. Certaines choses sont essentielles. D’autres relèvent surtout de l’habitude, de la peur de décevoir ou d’un besoin de bien faire qui dépasse le nécessaire.
Vous pouvez vous demander : « Qu’est-ce qui se passerait si je ne le faisais pas, ou si je le faisais à 80 % ? »
La réponse est parfois très rassurante.
5. S’autoriser une pause, sans l’avoir « méritée »
Une pause n’a pas besoin d’être une récompense. Elle fait partie du fonctionnement normal d’une personne, comme manger ou dormir.
Essayez de vous accorder un petit temps sans objectif : quelques minutes pour marcher, boire un thé sans écran, vous asseoir. Il est normal que cela soit inconfortable au début. Ce n’est pas le signe que « ça ne marche pas », c’est le signe que vous n’en avez pas l’habitude.
La sophrologie pour revenir à soi
Lorsqu’on est dans ce fonctionnement, l’attention est presque toujours tournée vers l’extérieur : ce qu’il faut faire, ce que les autres attendent, ce qu’on aurait dû faire.
On évalue en permanence. On se regarde de l’extérieur, avec un regard très exigeant.
Et le corps, lui, passe souvent au second plan. Tensions dans les épaules, mâchoire serrée, respiration courte, fatigue que l’on ignore parce qu’« il reste encore des choses à faire ».
La sophrologie propose un chemin différent : revenir à soi, à son corps, à ce que l’on ressent ici et maintenant.
Concrètement, dans l’accompagnement :
- on travaille la respiration et le corps, deux repères concrets, sécurisants pour le cerveau, pour retrouver un premier point d’appui et apaiser le rythme intérieur ;
- on apprend à repérer les signaux (fatigue, tension, besoin de pause) avant qu’ils ne deviennent trop forts ;
- on s’entraîne à se recentrer pour sortir, même quelques instants, de la boucle d’évaluation ;
- on pratique des moments où il n’y a rien à réussir, ce qui est parfois étonnamment difficile au début.
L’objectif n’est pas de vous faire arrêter d’avoir des exigences. Il est de vous aider à retrouver un espace intérieur, où vous n’êtes pas seulement ce que vous produisez.
Petit à petit, il devient possible de ressentir ce qui est suffisant, de reconnaître ses limites et de se reposer sans culpabilité.
Je vous accompagne en présentiel au cabinet et/ou en visio, notamment dans les situations d’anxiété et d’épuisement professionnel.
À retenir
Avoir l’impression de ne jamais en faire assez ne signifie pas que vous en faites trop peu. C’est souvent le signe d’une mesure devenue trop exigeante.
Ce sentiment peut venir d’une ligne d’arrivée qui recule sans cesse, d’une attention portée à ce qui reste plutôt qu’à ce qui a été fait, de règles intérieures très strictes ou de la comparaison aux autres.
Il peut s’accompagner de culpabilité à ne rien faire, d’une difficulté à se reposer et, à long terme, d’une fatigue importante.
Sortir de ce fonctionnement ne passe pas forcément par faire plus ou mieux. Cela passe aussi par reconnaître ce qui est fait, redéfinir ce qui est suffisant et réapprendre à s’écouter.
Votre valeur ne dépend pas de la longueur de votre liste de choses faites.
FAQ – Ne jamais en faire assez
Pourquoi ai-je toujours l’impression de ne pas en faire assez ?
Ce sentiment peut venir de plusieurs facteurs : un niveau d’exigence très élevé envers soi-même, une attention qui se porte surtout sur ce qu’il reste à faire, la comparaison aux autres ou des règles intérieures anciennes (« il faut être utile », « il faut mériter son repos »). Il s’agit souvent d’un décalage entre ce que vous faites réellement et la façon dont vous l’évaluez.
Comment arrêter de culpabiliser de ne rien faire ?
Il n’est pas toujours possible de faire disparaître la culpabilité immédiatement. Vous pouvez commencer par définir ce qui est « suffisant » pour la journée, accorder de petits temps de pause sans objectif et observer ce qui se passe, sans vous juger, lorsque la culpabilité apparaît. Petit à petit, le repos peut retrouver sa place.
La sophrologie peut-elle aider ?
La sophrologie peut vous aider à revenir à votre corps, à vous recentrer et à mieux repérer vos signaux de fatigue ou de tension. Elle peut constituer un accompagnement complémentaire pour retrouver un rapport plus apaisé à l’effort et au repos. Elle ne remplace pas un suivi médical ou psychologique lorsque celui-ci est nécessaire.
🔗 Pour aller plus loin
📖 (Sur)Charge mentale : je pense à tout, tout le temps
📖 Fatigue mentale : pourquoi est-il si difficile de ralentir quand on est déjà épuisé ?
📖 Anticiper pour se rassurer : quand vouloir tout prévoir devient épuisant