«Anticiper me rassure.»
« Il faut que je sache comment ça va se passer. »
« Je préfère prévoir, comme ça je serai tranquille. »
« Et si quelque chose ne se passe pas comme prévu ? »
Anticiper peut donner l’impression de se préparer, de garder le contrôle et de se rassurer.
Et, dans une certaine mesure, c’est vrai. Prévoir permet de s’organiser, d’éviter certains problèmes et de se préparer à différentes situations.
Mais lorsque l’on passe beaucoup de temps à anticiper, à tout prévoir et à chercher à limiter au maximum les imprévus, cela peut finir par devenir épuisant.
Car à force de vouloir être prêt pour tout, on peut perdre quelque chose d’essentiel : la confiance dans sa capacité à faire face à ce qui n’était pas prévu.
Alors, pourquoi avons-nous parfois autant besoin d’anticiper pour nous rassurer ? Et comment retrouver davantage de sérénité face à l’incertitude ?
Anticiper : une capacité qui cherche avant tout à nous protéger
Anticiper n’est pas un problème en soi.
Notre capacité à prévoir les conséquences d’une situation, à repérer un éventuel danger ou à nous préparer à ce qui pourrait arriver a une fonction protectrice.
Elle s’inscrit notamment dans nos mécanismes naturels de survie : face à une menace potentielle, il est utile de pouvoir se préparer et adapter son comportement.
Le problème n’est donc pas de prévoir.
Le problème apparaît lorsque l’anticipation devient permanente et qu’elle sert principalement à nous rassurer.
Il peut alors devenir difficile de laisser une place à l’inconnu.
On cherche à prévoir le déroulement d’une journée, les réactions des autres, les éventuels problèmes, les différentes possibilités…
Et plus on cherche à avoir toutes les réponses avant même que la situation ne se présente, plus l’imprévu peut devenir difficile à vivre.
Anticiper pour se rassurer : quand prévoir devient un besoin
Parfois, nous anticipons simplement parce que cela nous aide à nous organiser.
Mais dans certaines situations, l’anticipation répond surtout à un besoin de sécurité :
« Si j’ai tout prévu, je serai plus tranquille. »
On prépare plusieurs scénarios.
On vérifie.
On réfléchit à ce que l’on pourrait répondre.
On imagine les différentes possibilités.
On prévoit une solution de secours… puis une autre au cas où la première ne fonctionnerait pas.
Et lorsque tout est enfin prévu, une forme de soulagement peut apparaître.
Le problème, c’est que ce soulagement peut nous donner envie de recommencer la prochaine fois.
Petit à petit, on peut avoir de plus en plus besoin d’anticiper pour se sentir suffisamment en sécurité.
C’est ainsi que peut s’installer une forme d’anticipation anxieuse : ce n’est plus seulement « je préfère être prévoyant », mais « j’ai besoin de savoir et de prévoir pour pouvoir me sentir tranquille ».
Quand la peur de l’imprévu prend trop de place

L’un des éléments qui peut alimenter ce fonctionnement est la difficulté à supporter l’incertitude.
Nous aimerions savoir ce qui va arriver, comment les choses vont se dérouler, ce que les autres vont penser ou comment nous allons réagir.
Mais nous ne pouvons jamais tout savoir à l’avance.
Il y aura toujours une part d’inconnu.
Et lorsque la peur de l’imprévu devient importante, cette part d’incertitude peut être vécue comme une menace.
On peut alors chercher à la réduire en anticipant davantage (c’est un peu le serpent qui se mord la queue).
Pourtant, plus on essaie de supprimer toutes les possibilités inattendues, plus on risque de devenir attentif au moindre détail qui pourrait échapper à notre contrôle.
L’anticipation censée nous rassurer peut alors devenir une source supplémentaire de tension.
À force d’anticiper, on peut aussi ne plus profiter du présent
Il y a une autre conséquence, parfois moins visible.
Anticiper prend de la place dans notre esprit.
Notre cerveau peut fait plusieurs choses en même temps mais ne peut pas être à 100 % sur plusieurs choses (on ne peut pas être pleinement dans l’instant er en même temps dans l’anticipation de situations futures).
On peut être physiquement présent dans une situation tout en étant déjà mentalement ailleurs.
Vous êtes en vacances, mais vous pensez déjà à la rentrée.
Vous êtes avec vos proches, mais vous réfléchissez à ce qu’il faudra faire demain.
Vous avez un rendez-vous important dans quelques jours, mais vous le préparez mentalement depuis plusieurs heures.
Vous avez enfin terminé votre journée de travail, mais votre esprit continue à dérouler la liste de ce qui pourrait arriver demain.
Dans ces moments-là, le présent devient presque une parenthèse entre deux anticipations.
Et cela peut être particulièrement fatigant.
Car même lorsque rien de particulier ne se passe, une partie de notre énergie reste mobilisée pour ce qui pourrait arriver.
À force de vouloir nous préparer à vivre les choses, nous pouvons parfois passer à côté du moment que nous sommes justement en train de vivre.
Vouloir tout prévoir peut paradoxalement rendre l’imprévu plus difficile
C’est peut-être là que se trouve le paradoxe.
On peut anticiper pour être mieux préparé à faire face à une situation.
Mais si l’on cherche systématiquement à prévoir toutes les possibilités, on peut finir par perdre confiance dès qu’un événement sort du scénario prévu.
« Je n’avais pas pensé que cela pouvait arriver. »
« Je ne sais plus quoi faire. »
« Ce n’était pas prévu. »
« Je pensais avoir tout anticipé. »
Et l’angoisse peut alors monter rapidement.
Car lorsque notre sentiment de sécurité repose beaucoup sur le fait de savoir ce qui va se passer, l’imprévu peut donner l’impression que nous ne sommes plus capables de gérer.
Pourtant, être capable de faire face à une situation ne signifie pas nécessairement avoir prévu cette situation.
Cela peut aussi signifier savoir s’adapter lorsqu’elle se présente.
Et si se sentir en sécurité ne signifiait pas tout prévoir ?
C’est une autre manière d’envisager les choses.
Au lieu de chercher à avoir une réponse pour chaque situation possible, il peut être intéressant de développer progressivement cette pensée :
« Je ne sais pas exactement comment cela va se passer. Mais si quelque chose d’imprévu arrive, je pourrai chercher une solution en m’adaptant. »
Cela ne signifie pas qu’il faut arrêter de prévoir.
Il est évidemment utile de préparer certaines choses.
L’objectif n’est pas non plus de se forcer à aimer l’imprévu ou de devenir complètement détaché de ce qui pourrait arriver.
Il s’agit plutôt de trouver un équilibre entre préparer ce qui peut l’être et accepter qu’une partie des choses nous échappe.
Car nous ne pouvons pas contrôler tous les événements, les réactions des autres ou le déroulement exact d’une situation.
En revanche, nous pouvons progressivement apprendre à faire davantage confiance à notre capacité d’adaptation.
Sophrologie et capacité à faire face
Dans un accompagnement en sophrologie, il ne s’agit pas nécessairement de chercher à supprimer l’anticipation.
L’objectif peut plutôt être de retrouver davantage de calme et de présence lorsque le mental commence à vouloir tout prévoir.
La respiration, le recentrage sur les sensations corporelles et les exercices de projection peuvent notamment permettre de travailler cette relation à l’incertitude.
La projection est particulièrement intéressante dans ce contexte.
On pourrait imaginer qu’il suffit de se projeter dans une situation en visualisant que tout se passe parfaitement bien.
Mais il peut aussi être intéressant de travailler autrement.
Par exemple, avec une personne qui ressent une forte anxiété au volant, l’objectif peut progressivement devenir de se représenter cette situation en imaginant non pas que tout se déroule parfaitement, mais que l’angoisse peut apparaître et qu’elle est malgré tout capable de retrouver son calme et de faire face à la situation.
La différence est importante.
Il ne s’agit plus de se rassurer en se disant :
« Tout va forcément bien se passer. »
Mais plutôt :
« Même si quelque chose ne se passe pas comme prévu, je peux mobiliser mes ressources et m’adapter. »
Cette approche permet de ne pas faire dépendre le sentiment de sécurité d’un scénario parfait.
Car nous ne pouvons jamais garantir que tout se passera exactement comme prévu.
En revanche, nous pouvons travailler sur la confiance en notre capacité à traverser ce qui se présente.
Comment savoir si j’anticipe pour m’organiser… ou pour me rassurer ?
Vous pouvez vous poser quelques questions simples :
- Est-ce que cette anticipation m’aide réellement à préparer quelque chose ?
- Ou est-ce qu’elle cherche surtout à diminuer mon inquiétude ?
- Est-ce que je peux arrêter d’y penser une fois que j’ai préparé ce qui était nécessaire ?
- Est-ce que j’ai besoin de prévoir plusieurs scénarios pour me sentir suffisamment en sécurité ?
- Est-ce qu’un imprévu me déstabilise fortement ?
- Est-ce que je profite encore pleinement du moment présent lorsque je sais qu’une situation importante approche ?
- Est-ce que je fais confiance à ma capacité à trouver une solution lorsque les choses ne se passent pas comme prévu ?

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Ces questions peuvent simplement aider à observer la place que l’anticipation prend dans votre quotidien.
À retenir
Anticiper est une capacité utile. Elle nous permet de nous organiser et de nous préparer.
Mais anticiper pour se rassurer en permanence peut devenir épuisant.
À force de vouloir tout prévoir, on peut :
- consacrer beaucoup d’énergie à ce qui n’est pas encore arrivé ;
- avoir davantage de difficultés à profiter du présent ;
- renforcer la peur de l’imprévu ;
- avoir le sentiment de perdre ses moyens lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu ;
- oublier que l’on peut aussi compter sur sa capacité d’adaptation.
L’objectif n’est pas de ne plus anticiper.
C’est plutôt d’apprendre à faire la différence entre préparer ce qui dépend de soi et chercher à contrôler ce qui ne peut pas l’être.
Et surtout, de développer progressivement une autre forme de sécurité : ne plus avoir besoin de savoir exactement ce qui va arriver pour se sentir capable d’y faire face.
FAQ – Anticipation et anxiété
Pourquoi est-ce que j’anticipe toujours ?
Anticiper peut être une manière de se préparer, de prévenir certaines difficultés ou de chercher à se rassurer face à l’incertitude. Lorsque cette anticipation devient très fréquente et difficile à arrêter, elle peut prendre beaucoup de place et alimenter l’anxiété.
Est-ce que l’anticipation anxieuse est liée à la peur de l’imprévu ?
Cela peut être le cas. Lorsque l’incertitude est difficile à supporter, anticiper peut donner temporairement l’impression de reprendre le contrôle. Mais chercher à prévoir toutes les possibilités ne permet pas de supprimer complètement l’imprévu.
Comment arrêter de tout anticiper ?
Il n’est pas nécessaire de chercher à arrêter toute anticipation. Il peut être plus utile d’identifier ce qui nécessite réellement une préparation et ce qui relève d’une volonté de se rassurer. Des exercices de respiration, de recentrage corporel et de projection peuvent également aider à développer davantage de calme face à l’incertitude.
Peut-on apprendre à mieux gérer les imprévus ?
Oui, il est possible de travailler progressivement sa capacité à faire face aux situations qui ne se déroulent pas comme prévu. L’objectif n’est pas de savoir à l’avance comment tout va se passer, mais de développer suffisamment de ressources pour pouvoir s’adapter lorsque cela est nécessaire.
Conclusion
Anticiper peut rassurer.
Pendant quelques minutes, quelques heures, voire plus longtemps, le fait de prévoir, d’organiser et d’imaginer différentes possibilités peut donner le sentiment d’être mieux préparé.
Mais lorsque l’on a besoin de tout anticiper pour se sentir en sécurité, cette stratégie peut finir par nous épuiser.
Elle peut aussi nous éloigner du présent et renforcer notre peur de l’imprévu.
Alors peut-être que la question n’est pas seulement :
« Comment faire pour que tout se passe comme prévu ? »
Mais aussi :
« Comment puis-je avoir davantage confiance dans ma capacité à faire face si les choses ne se passent pas comme prévu ? »
Parce que nous ne pourrons jamais tout anticiper.
Mais nous pouvons apprendre, petit à petit, à nous faire davantage confiance pour nous adapter à ce qui arrivera.
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